30 jours après Trump, c’est toujours « Trump d’abord »

Il fût un temps, le marché fonctionnait sur trois piliers : l’aspect fondamental, l’aspect technique et l’on y rajoutait toujours un peu de politique, voir de géopolitique.

Avec ce groupe de trois, nous arrivions, en général, à nous faire une opinion globale de la destinée des indices, de ses composants et de ses périphériques. Dans un monde idéal, il y avait même un doux équilibre entre ces trois piliers.

Puis, il y a quelques années, nous avons eu la crise grecque. Déjà, en ce temps-là, les marchés avaient totalement perdu la raison et ne fonctionnaient plus sur les deux premiers piliers – le fondamental et le technique – mais principalement sur l’aspect géopolitique des choses. Les traders et autres investisseurs s’étaient alors improvisés experts en politique européenne, donnaient l’impression de maîtriser l’histoire grecque et ne parlaient plus de cela. À cette époque, le simple fait de voir arriver Tsipras à la télé pouvait faire chavirer le marché. Vous noterez qu’à peine 5 ans plus tard, plus personne ne sait qui est Tsipras et encore moins ce qu’il est devenu.

Si je vous fais un cours d’histoire de la finance en mettant l’éventuel GREXIT, comme exemple central de mon explication, c’est d’abord parce que nous en reparlons – discrètement – mais nous en reparlons. Et si nous en reparlons uniquement discrètement, c’est que TOUT LE MONDE a les yeux (et les oreilles) fixés sur Trump. Ce qu’il va faire, ce qu’il va dire, ce qu’il pourrait faire et ce qu’il pourrait dire.

À l’époque du GREXIT éventuel, on pouvait dire que le marché se concentrait à 10% sur les fondamentaux, à 10% sur l’aspect technique et à 80% sur l’aspect géopolitique entre la Grèce et l’Europe. Aujourd’hui, on se concentre à 100% sur l’aspect politique de Trump et on se fout totalement du reste.

Je le conçois, j’exagère un tout petit peu. Cependant, alors que l’on sort à peine de la saison de publication des chiffres du quatrième trimestre 2016, jamais on ne s’en est si peu intéressé. Et si l’on s’en est totalement désintéressé, c’est que la clé de l’avenir de la finance mondiale – enfin, surtout américaine, mais nous sommes tous conscients que si le Dow Jones double ou se divise par deux, il y a tout de même peu de chance que le DAX ou le Nikkei prenne la direction opposée – donc, si l’on s’est totalement désintéressé de tout, c’est principalement parce que depuis la fin de l’été passé, nous sommes totalement obsédés par la politique américaine.

Au début c’était parce que l’on se demandait ce qu’Hillary allait pouvoir faire pour soutenir l’économie et remplacer Obama, ensuite c’était de savoir si Trump avait une chance de l’emporter – puis on avait bien compris qu’il n’avait pas une chance et que d’ailleurs c’était mieux pour les marchés. Ensuite on s’est rendu compte que les sondages étaient tout pourris et que Trump était Président pour de vrai – le marché a donc paniqué (comme prévu), pendant au moins 3 heures avant de tout récupérer et d’entamer ce que l’on appelle encore aujourd’hui : le Trump Rally – ça, en revanche, ce n’était pas prévu du tout, puisque les experts attendaient une correction d’au moins 10% en cas d’élection de Donald.

Et puis, aujourd’hui, près de 30 jours après la prestation de serment de Donald Trump – prestation qui était censée donner lieu à une nouvelle correction annoncée – le marché américain est 4% plus haut encore. Non seulement il est 4% plus haut, mais cela représente aussi la cinquième meilleure performance pour les 30 premiers jours dans toute l’histoire des USA. La meilleure depuis 1945.

Tout ça pour vous dire qu’aujourd’hui, on peut nous parler de fusion, d’acquisition, de robotisation, de trimestre moins bon ou meilleur, de bull market qui s’essouffle, d’économie qui est mal en point ou pas, de chômage qui augmente, qui stagne, de citoyens qui « sortent » de listes et qui ne travaillent plus, de surendettement, d’un dollar fort ou faible, de l’or qui est une valeur refuge ou pas, du pétrole qui est dirigé par l’OPEP ou pas, de l’Europe qui va mieux ou moins bien ou encore de l’angoisse dans laquelle peut vivre la France à l’idée de la future campagne présidentielle qui l’attend, la seule chose qui intéresse la finance mondiale en général et les marchés boursiers en particulier, c’est ce que Donald Trump va faire.

Le problème c’est que comme le type est ingérable, tout peut arriver. Mais en attendant, tout ce qu’il dit et ce qu’il fait, va tout de même un peu dans la direction d’une économie qui devrait en bénéficier sur le long terme – les conséquences à long terme de sa politique sont encore difficiles à voir, mais dans le doute, on est plutôt encouragé par son action et ses déclarations. Ce qui n’est pas forcément facile à vivre pour tout le monde, puisque si vous achetez parce que vous pensez que Trump va faire du bien à l’économie, vous êtes politiquement incorrect, parce que trouver que Trump fait du bien, c’est mal. Donc on ne peut pas vraiment acheter le cœur léger, mais comme ça continue de monter toutes les semaines un peut plus, la frustration monte. Pour mémoire, à force de ne rien vouloir faire depuis les élections, ceux qui ont choisi l’immobilisme ont tout de même raté près de 13% de hausse sur le S&P500, ça fait tout de même cher le politiquement correct.

Bref, tout ça pour vous dire que la semaine passée, si vous étiez au ski – vous n’avez par raté grand-chose. Le marché américain continue de monter. Gentiment, mais sûrement et les Européens suivent. Plus difficilement, parce qu’on essaie de se dire que l’on est différent, mais au bout d’un moment, on est quand même obligé de prendre un billet de train et de suivre le troupeau.

Alors aujourd’hui, dans les nouvelles du jour, je peux vous dire que Kraft a retiré son offre d’achat sur Unilever, que le divorce UK-Europe va se compliquer gentiment, que Bill Gates voudrait que les robots qui remplacent des humains paient des impôts, qu’Amazon va créer 5’000 emplois en Angleterre cette année, que les marchés asiatiques ont commencé la semaine plus ou moins inchangés, que l’Euro/Dollar se bat toujours avec son support des 1.06, que le Dollar/Suisse se plaît bien à parité, que l’or hésite entre aller tester les support des 1200 ou casser la résistance des 1280$, mais que globalement tout le monde s’en fout, un peu à l’image du prix du baril. Je peux aussi ajouter que le Barron’s pense que GM va aller 35% plus haut, que Adient, qui fabrique des pièces détachées pour voitures va également prendre 35% et que la Biotech à l’air d’être une bonne idée d’investissement pour 2017, mais pour être franc, il suffise que Trump nous annonce un plan fiscal de malade et plus rien de tout ça n’aura plus aucune importance.

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En conclusion, bon nombre d’entre nous pensent que Trump est un clown et qu’il n’a pas sa place là où il est, mais une chose est certaine, Trump est probablement le Président qui a eu le plus d’influence sur les marchés boursiers de l’histoire. En tous les cas pour le moment, car il faut se rendre à l’évidence, il n’est presque plus possible de prendre une décision d’investissement sans se référer aux éventuelles futures mesures mises en place par Trump.

D’ailleurs ce matin les futures ne font rien. Les monnaies ne font rien. Et l’or et le pétrole ne font rien. On attend paisiblement les chiffres économiques de la journée, dont on sait parfaitement qu’ils n’auront aucune influence sur le marché – même si l’on a envie d’y croire, ce n’est pas le Trade Balance espagnol et le PPI Allemand qui va changer la face du monde. Ils ne font pas le poids face à Trump – même la confiance du consommateur européen n’y changera rien.

Voilà. En ce qui me concerne, je n’ai rien d’autre à ajouter ce matin. Je vais chercher une nouvelle histoire à raconter pour demain, les chiffres de Tesla ou l’absence de neige dans les 80 prochaines années devraient faire l’affaire. En attendant, je vous souhaite une excellente journée, un très bon début de semaine et on se retrouve demain.

Thomas Veillet